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Bien sûr, se faire larguer c'est dur. A 19 ans c'est encore plus dur. Surtout quand on fait un gros compelxe vis à vis de ses parents, qu'on ne leur parle presque plus, qu'ils se repaissent de vos misères ("tu vois, j'te l'avais dit") et que là tout d'suite vous souhaiteriez vous ouvrir les veines!! (Uiui faut être honnête, à cet âge on est entier, impétueux!)

Courageuse (ouah quel courage!), j'ai quand même téléphoné à ma mère, avec en fond sonore dans ma tête une petite voix qui m'disait de raccrocher en même temps que l'espoir que là, elle serait gentille pour une fois....et puis PAF!! La sentence est tombée, sèche et sans appel : "Ah bah de toute façon j'en étais sûre hein, vu comme t'es chiante c'était sûr qu'il allait pas te garder hein" (no comment, même encore maintenant j'ai envie d'lui faire un High-Kick Front-Kick Nesquick!!!). Un poing dans ma figure de désespérée. Déjà que je ressemblais pas à grand-chose, bin là pour le coup, m'aurait fallut une p'tite piquouse de botox pour me remettre ma belle gueule à l'endroit.

Après cet uppercut asséné de façon si brutale, me voilà en train de demander secours à ma grande soeur. S'il-te-plaît, héberge moi, je serais une bonne fille, je ferais tout ce que tu veux, mais pitié, me demande pas de retrouner là-bas (= les géniteurs).

Ô joie et bonheur des retrouvailles fratenels!! Un début de collocation, une troisième roue du carosse qui s'installe chez deux amies pour qui le train train quotidien allait bien. Des filles en fleurs, qui se maquillent, se font des brushing, vont à la salle de sport, ont un boulot fixe et sortent en boîte. Mais moi, voilà que j'arrive avec mes gros godillots, des baskets trop larges qui traînent sans arrêt sur le bitume, des pantalons qui me servent de parachute, des pulls déformés qui cachent le fait que je suis une fille (enfin qui essaient du moins), une coupe de cheveux façon punk, mais ratée. J'ai tout pour plaire et rien pour faire peur! Je m'installe dans la chambre du fond, je fais des sourires, dis Merci au moint cent fois par jour, je reprends ma vie en main.

Dans ma chambre, je mets des couleurs, de l'encens, des petites statues d'éléphant ou de buddha. Il faut que ça sente bon, que ça repire le calme et le changement. Je pleure beaucoup le soir, en silence, mes sanglots étouffés par la couette. J'écoute Jeff Buckley et Toni Braxton en boucle sur mon mp3, mais je me dis que je vais bien. Parce qu'après tout, la vie continue non?

Alors je cherche du boulot, un peu, beaucoup. Je trouve un job génial (hm,hm), à 45minute à pied de chez moi. J'ai pas de permis et pas les moyens de me l'offrir. Je fais le ménage. Dans une maison de retraite. C'est bien, c'est gratifiant. (Sisi faut se le dire)

Au bout de 2 jours, j'ai envie de pleurer (bon ok, à cette époque je pleure beaucoup, pour pas grand-chose). On dirait un mouroir. Y a des photos des pensionnaires dans chacune de leur chambre. Quand ils étaient beaux, quand ils étaient jeunes. Ils avaient mon âge. Et maintenant, ils sont là, tout seul. Personne ou pas grand monde qui s'occupe d'eux. C'est triste à en mourir. Et puis j'me demande si finalement, on les mets pas là pour ça. Pour qu'ils aient enfin envie de partir. Pour que les familles se partage l'héritage comme on se chipote un sot-l'y-laisse sur le poulet du dimanche. Mais c'est pas grave. Je me prends à les aimer mes petits vieux. Je leur fais des sourires, les laisse venir. Ils décident s'ils m'aiment bien ou pas. Ils se méfient, ils ne font guère confiance. Mais dans l'ensemble ça se passe pas trop mal.

Je remonte la pente, mes cheveux repoussent (ouf!! non parce que là ça devenait plus possible!) et puis je cherche du boulot ailleurs. Plus près. Parce que rester debout 8h pour rentrer ensuite à pied, bin je fatigue. C'est l'été, il fait 38°C au Soleil et pendant que des jeunes en rut s'envoient en l'air ou vont à la plage, moi je tente de tirer un trait. J'arrête la guimauve, je me forge le caractère, ma carapce s'étend. Je traîne plus les pieds mais j'ai quand même un air maladroit, on dirait une tortue qui s'déplace. Ma tête dodeline parfois sur un air entraînant, je dors comme je n'ai jamais dormi. Profondément, loin. Je me ressource et ma nouvelle-moi se fait doucement jour.

 

(Au Chaptire Quatrième, je t'apprendrai à faire un Big Mac en apprenant l'allemand et en rêvant du prince charmant)